Doctorant depuis le 09 novembre 2012

 

 

 

Directeur de thèse: Richard Jacquemond, IREMAM

Sujet de thèse

Analyse de quelques traductions de la Sourate Al-Hajj [le pèlerinage] à la lumière de la déconstruction derridienne

 

Résumé

La tradition musulmane rapporte que l’une des caractéristiques les plus fondamentales du Coran, un texte sans auteur [sans auteur conscient ou individuel] (autrement dit: un texte, selon les musulmans, “révélé” par Dieu, à savoir: par l’inconscient collectif selon les termes de Carl Gustav Jung (1875–1961)), est qu’il est un texte polysémique par excellence (ḥammāl dhū wujūh: porteur de plusieurs visages). Ce qu’affirme plus tard la Déconstruction de Derrida qui défend l’idée que tout texte est ouvert, infini, sans centre fixe, sans auteur et que l’autorité appartient non pas au texte lui-même mais au lecteur. Aussi ʿAlī ibn Abī Ṭālib a-t-il recommandé de ne pas débattre avec ses adversaires sur la base du Coran, mais sur la base de la sunna [les dires, les actes et les approbations explicites ou implicites de Muḥammad]. Selon l’exégète As-Suyūtī (mort en 1505), Ibn ’Umar al Khattab aurait dit : “Que personne d’entre vous ne dise qu’il a acquis le Coran entier, car qu’en sait-il ? Beaucoup du Coran a été perdu ! Alors qu’il dise : J’ai acquis ce qui était possible [apparent].” (As-Suyūtī, Itqān, partie 3, page 72). L’exégète Muqātil ibn Sulaymān al-Balkhi (mort en 767) rapporte un hadîth [parole de Muḥammad] affirmant que “l’homme n’est un tout faqīh [jurisconsulte érudit] que lorsqu’il voit dans le Coran de multiples faces [sens, contenus, lectures].” (As-Suyūtī, Itqān, chapitre: «maʿrifat al-wujūh wa-n-naẓāʾir», Dar al-kitaāb al-ʿarabī, 1999, page 440). C’est pourquoi “Nul n’en connaît l’interprétation, à part Dieu” (III, 7), c’est-à-dire que toutes les interprétations du texte coranique se trouvent seulement dans l’inconscient collectif et apparaissent au fur et à mesure des lectures.

As-Suyūṭī (dans Itqān) relate une thèse, rapportée par Ibn Ḥanbal, expliquant les «sept lettres» par la possibilité qu’a tout mot du Coran d’être remplacé par sept synonymes. Ubayy ibn Kaʿb, un des secrétaires de Muḥammad chargé de la rédaction du Coran, va bien au-delà de la simple synonymie en établissant la légitimité de l’infinie liberté des variantes, à la seule condition, toutefois, que celle-ci ne débouche pas sur des contresens. L’on a même fait dire au deuxième Calife, ʿUmar, à qui l’on a attribué la première collecte des textes composant le Coran, cette affirmation: «Tout ce que l’on dit dans le Coran est juste (ṣawāb) tant que l’on ne substitue pas châtiment à pardon [c'est-à-dire tant que l’on ne commette pas de contresens].» Cela affirme le caractère polysémique infini du texte, ce que démontre plus tard la déconstruction de Derrida.

Si le Coran n’a pas de sens fixe, comme d’ailleurs tout texte, cela signifie que les exégèses orthodoxes et hétérodoxes ne sont donc que des possibilités parmi d’autres, possibilités qui ne sont pas plus véridiques que les autres, et par la suite que le Coran ne détient pas la Vérité absolue et fixe. C’est plutôt le lecteur qui détient une vérité subjective et individuelle.

Mon travail de thèse porte sur l’analyse de la sourate Al-Hajj [le pèlerinage], une sourate, de longueur moyenne (78 versets), qui reflète deux types de discours: mecquois et médinois, prédicatif (exhortatif) et législatif, sourate typique pour étudier la polysémie. La thèse est articulée autour de trois axes principaux de recherche:

  • une étude de la polysémie du texte de départ (l’original arabe: la sourate Al-Hajj);
  • une étude de la polysémie du texte d’arrivée (les traductions françaises) pour montrer comment la traduction réduit la polysémie; une étude du passage entre un texte ouvert et une traduction plus limitée pour donner des modèles de traduction;
  • une étude des rapports entre les exégèses du texte de départ et les traductions en fonction de la polysémie.

 

Domaines de recherche

Traductologie

Polysémie du texte coranique

Histoire de la traduction du Coran

Exégèses du Coran

Déconstruction de Derrida